MEKTOUB
Bien sûr c'était écrit qu'on partirait un jour,
Bien sûr c'était écrit qu'on partirait un jour,
Emportant les lambeaux de notre triste histoire.
Un passé fait de joies, fait de pleurs, fait d'amour,
Malgré les ans passés... c'est encor dur à croire.
En regardant le temps qui lentement s'écoule
En luttant âprement contre l'adversité.
Bien sûr, c'était écrit, comme un fleuve qui coule
Que l'on se défendrait avec tant de fierté.
C'était écrit, bien sûr, qu'un grand vent de folie
Soufflerait, nous poussant dans un autre univers,
Semés aux quatre vents, bannis et démunis,
Qu'il faudrait vaillamment supporter nos revers.
Nos valises, de biens, étaient des plus légères,
La richesse, la vraie, l'emportions dans nos cœurs,
C'était nos souvenirs et nos folles chimères,
II fallait à tout prix apaiser nos douleurs.
Par des joies discrètes, souvent mêlées de larmes
La volonté au cœur d'un magnifique espoir,
Cet espoir caressé était la meilleure arme
D'un avenir plus clair, encore teinté de noir.
C'était écrit enfin qu'un ciel plus clément
Exaucerait nos vœux, sous un soleil plus pâle
Qu'avec sérénité, ce courage dément
Eclairerait la vie d'espérance loyale.
Nous avons reformé notre grande famille
Mais, toutes nos pensées vont vers l'ancien foyer,
Revivant un printemps sous un soleil qui brille
Ce n'était pas écrit qu'on pouvait oublier.

MATHILDE ENTZ LAPLACE
Primée au XIXe salon des artistes et écrivains rapatriés - Juan-les-Pin 23 mai 1997