Charles Ramirez de PALIKAO,
Ou l'exemple de la réussite d’un Pied-noir en France
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De temps à autre, nous apprenons que telle ou telle personne s’étant distinguée dans la vie politique, économique, artistique ou culturelle de notre pays est d’origine pied-noir. Cela suscite en nous, non pas un sentiment de fierté, mais la satisfaction de prouver d’une manière irréfragable que les pieds noirs ne sont généralement pas les affreux colonisateurs, auxquels ignominieusement avaient été et sont encore affublés des pires défauts, ce par d’ignobles détracteurs se « distinguant », (le moins qu’on puisse dire) par leurs bêtises et ingratitude.
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Parmi ces pieds noirs en lesquels ressurgit incontestablement l’opiniâtreté de leurs ancêtres, bâtisseurs de l’Algérie française, il y a lieu de citer notre ami Charles Ramirès et de rappeler tout ce qu’il a accompli en Métropole tant pour se faire une place au soleil que pour faire évoluer la viticulture française.
A Palikao, rien ne prédisposait notre ami Ramirès à se reconvertir dans l’agriculture et à devenir la locomotive de groupements régionaux et nationaux, ayant pour objet la défense et le faire valoir d’une grande partie de cette viticulture nationale.
Charles Ramirès que tous ses amis surnomment depuis toujours et intimement Charlot est né à Palikao le 22 décembre 1919. Il est le quatrième enfant des modestes époux Emile Ramirès décédé en 1953 et Emilie Drago décédée en 1926.
En 1932, après ses études primaires, il entra au cours supérieur du regretté Martial Pimont, à 13 ans Charlot est mis en apprentissage au salon de coiffure Gomez. En 1937, il part pour Casablanca où il est engagé au salon de l’Opéra . Mais quelques mois après , la nostalgie du pays le fait revenir en 1938 à Palikao., où il reprend sa place de premier ouvrier au salon Gomez jusqu’à 1942.
Rappelé sous les drapeaux, Charlot prend part, avec l’armée du Général De Lattre de Tassigny au débarquement d’Estaque- Saint Henry, près de Marseille, à tous les combats de la libération jusqu’en Allemagne et en Autriche.
Démobilisé en septembre 1945, Charlot reprend sa place au salon Gomez devenu sa propriété.
Ce salon devient bien vite le quartier général de la jeunesse du village ; on s’y réunit souvent en fin d’après midi, on y débat de toutes sortes de sujets, notamment des prochains matchs de foot du S.A.P et aussi des futures réjouissances du village. .A la tête de la jeunesse, très apprécié de tous, Charlot se dévoue sans compter, pour organiser les fêtes et bals du village.
En 1947 Charlot, épouse la ravissante Lydie Garbès, nouvellement établie avec sa famille à Palikao.. Deux enfants Lionnel puis Marc, viennent successivement égayer leur foyer.
Après avoir cédé son salon, Charles crée en 195O à Palikao, près de la maison du colon, un commerce de distributions d’huiles et carburants produits par la société Beryl. L’affaire prenant de l’expansion dans son local exigu et inadapté, Ramirès fait construire en 1954, à la sortie du village, sur la route de Mascara, la première station service qu’il exploite sous l’enseigne de la B.P.
En septembre 1961, notre ami Ramirès est contraint, par les autorités administratives , de quitter l’Algérie en raison de son opposition notoire à la politique gouvernementale d’alors.
Avec de faibles moyens, il s’installe avec sa petite famille à Alaigne, près de Limoux, où il acquiert une modeste propriété viticole de 6 has à reconstituer totalement. Pour Charlot et Lydie, l’important est de pouvoir abriter, tant bien que mal leur petite famille et de se remettre le plus tôt possible au travail. Leur nouvelle tâche ne les rebute pas, ils sont dans la force de l’âge et animés de l’inflexible volonté de se refaire une situation.
Charlot n’a, alors, aucune connaissance de la viticulture métropolitaine. Qu’à cela ne tienne ! Attentif à tout ce qui se pratique dans sa région de repli, il apprend facilement son nouveau métier de viticulteur. Il découvre rapidement les aléas de la terre et les problèmes que la viticulture rencontre dans la commercialisation de ses produits. Il s’acharne au travail, sans pouvoir engager la moindre main-d’œuvre et seulement aidé quelquefois par sa courageuse.. Mais la viticulture française est en plein marasme et les résultats sont de surcroît insuffisants pour faire vivre le foyer et permettre la poursuite des études secondaires de Lionnel et Marc.
En 1963, la famille est comblée de joie par la naissance de Lydie prénommée habituellement Lydou.
Aucune expansion n’étant possible dans région de repli Charles et Lydie prennent la décision de céder leur ferme .
Ils s’installent à Antugnac, où ils réalisent l’acquisition d’un ensemble d’anciennes vignes, de terres incultes et d’une vaste bâtisse dénommée par les gens du pays « Château »
Tout est à faire ou à refaire dans cette vaste propriété en grande partie inculte, les terres à épierrer sont de surcroît ravinées par les pluies, les vignes sont à replanter, les bâtiments d’habitation et de ferme et leur toiture nécessitent une réfection quasi-totale.
Les gens du pays, étonnés par la venue des Ramirès, doutent ouvertement de leur compétence et de leur réussite . En effet les lieux étaient à l’abandon depuis de nombreuses années et n’avaient jamais intéressé le moindre acquéreur.
Ce n’est pas pour autant que le couple Ramires se décourage, il va patiemment et avec pour seul moyen leur volonté et le concours d’insuffisants crédits, entreprendre par eux-mêmes successivement le comblement des ravins, l’épierrement et l’aplanissement des terrains récupérés, leur desserte par de nouveaux chemins d’accès, l’ensemencement en céréales de terres qui jusqu’alors n’avaient jamais été exploitées, la replantation des vignes laissées depuis longtemps à l’abandon ce, avec des cépages , jamais utilisés dans la région, la restauration des bâtiments et la réfection de leurs toitures . Tout n’est alors, pendant des années, que vastes chantiers entrepris ou repris selon les saisons.
En 1965, un grand malheur frappe cruellement le cercle de la famille : l’aîné des enfants, Lionnel périt dans un accident de la circulation. Charles et Lydie sont effondrés, découragés et prêts à tout abandonner. Mais chez les pieds noirs on n’abdique pas devant une telle affliction, on sèche ses larmes et on « reprend le collier » surtout quand il reste encore beaucoup à faire. Pour supporter leur peine, Charles et Lydie, se jettent à corps perdu et encore avec plus de détermination dans le travail de reconstitution et de réaménagement de leur exploitation.
Après tant d’efforts, les premiers résultats viennent les satisfaire : par une première récolte de blé dur, là ou jadis ce n’étaient que landes parsemées de dalles de pierres et ravinées par le ruissellement des eaux incontrôlées.
Mais ce n’est pas tout, comme autrefois ses ancêtres en Algérie française, Charlot réfléchit imagine et innove : il reconstitue ses vieilles vignes avec des cépages bordelais et bourguignons. Les viticulteurs du pays sont sceptiques, puis enthousiasmés par la réussite de leur collègue et la qualité de ses produits. Ils constatent également que fort judicieusement, Ramirès avait raison de privilégier la reconstitution de son vignoble sur les coteaux où l’ensoleillement permet de réaliser des récoltes de meilleure qualité densité d’alcool.
En 1976, lors d’une de ses venues chez les vignerons du Midi, l’écrivain Jules Roy (notre compatriote) cite, avec son habituel talent, les réalisations exceptionnelles de Charles Ramires. Il décrit d’une manière émouvante, l’acharnement avec lequel celui-ci et son épouse Lydie s’emploient à réussir.
Cette réussite est maintenant évidente, mais notre ami Charles, qui produit désormais une récolte de qualité, a bien vite compris que les producteurs, qui ne commercialisent pas leurs récoltes, sont injustement à la merci des gros négociants. Pour y remédier, il pratique opportunément la mise en bouteille et la commercialisation de ses vins.
Les succès des enfants viennent combler de joie le couple Ramirès : Marc obtient le diplôme d’ingénieur agronome et Lydou celui de professeur de lycée.
Mais où l’on découvre encore plus le mérite de Charles Ramirès, alors qu’il est harassé par son labeur, c’est dans l’action qu’il entreprend pour la défense des intérêts des viticulteurs. Là encore, il se dépense sans compter.
La viticulture méridionale est en pleine crise, le vin se vend mal et la concurrence bénéficie d’une aide inéquitable des pouvoirs publics. En outre il y a lieu de lutter pour le maintien du niveau de vie et le respect des droits des viticulteurs du midi et plus particulièrement de ceux de la haute vallée de l’Aude et des régions de Limoux et de Narbonne
A la tête des mouvements syndicaux, on découvre des hommes déterminés et parmi eux notre ami Ramirès.
Charles est bien vite remarqué par ses compagnons vignerons qui successivement le désignent secrétaire puis président du seul mouvement des viticulteurs de la région de Limoux
Ramirès comprend vite que seule l’union permettra de faire connaître aux pouvoirs publics les difficultés dans lesquelles sont plongés les viticulteurs des caves particulières et de solliciter la même aide que l’Etat accorde aux caves coopératives ; dans un premier temps, il fonde avec quelques vignerons de sa région d’adoption, l’union départementale des caves particulières, dont il devient le président
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Faire connaître le vrai viticulteur, celui qui vit du fruit de sa récolte, qui fait son vin avec amour, qui l’élabore après des années d’effort et de travail , qui redonne au vin du midi une réputation de qualité. C’est ce à quoi, Charles Ramirès s’est consacré en créant, en 1976, à Carcassonne, le regroupement des viticulteurs vinifiant en cave particulière, dont il devient le premier président. Pour l’élaboration d’un vin de qualité, avec son regroupement, il favorise la création d’un laboratoire œnologique.
Mais Charles Ramirès , réélu en 1977 et 1978, président de ce regroupement méridional, ne s’en tient pas à ces actions . Il est reçu par Secrétaire d’état à l’agriculteur auquel il fait part de certaines revendications et réclame justice et équité. Il participe en 1978 à la fondation de confédération nationale des caves particulières dont la vocation est d’assurer à l’échelon national la représentation de toutes les instances des viticulteurs n’appartenant pas à la coopération et de faire valoir leurs droits. Il en devient le vice-président puis le président national.
C’est à juste raison que les vignerons en caves particulières manifestent une grande reconnaissance à Charles Ramirès qui, au sein des divers mouvements qu’il a fondés et présidés, s’est toujours dépensés sans compter pour :
- Obtenir des pouvoirs publics des audiences aux cours desquelles il fait connaître les problèmes et revendications des viticulteurs vinifiant en caves particulières, il sollicite et obtient pour eux aides et subventions, et fait connaître et défend les problèmes de la viticulteur française ;
- faire connaître et apprécier au travers des salons de qualité des vines produits par la corporation des caves particulières.
En 1985, Charles Ramirès, las et fatigué, mais avec la satisfaction du devoir accompli, cède sa propriété, renonce à tous ses mandats au sein des mouvements professionnels, prend une retraite bien méritée et se retire avec Lydie son épouse à Saint Cyprien, près de Perpignan.
Alors que Ramirès pensait prendre du recul et laisser la barre à certains de ses confrères, la confédération nationale connaît la plus grande crise de son histoire et subit le désintéressement des pouvoirs publics, on n’a d’autre solution que de faire appel à notre ami Charles pour reprendre en main les destinées de la confédération.
Charles Ramirès laisse à ses pairs, dans la continuité de l’action conjointement entreprise avec eux, l’exemple de sa créativité et de son abnégation.
Le bonheur est hélas bien souvent de trop courte durée . Pour Charlot, il va se ternir, une nouvelle fois en 1997 par le décès de Lydie son épouse, ravie à l’affection des siens après une longue maladie.
A 83 ans, qu’il pleuve ou qu’il vente , avec son tempérament exceptionnel et toujours la même ténacité » , Charles Ramirès fait quotidiennement ses 5 à 6 kilomètres de marche, le long des plages de Saint Cyprien . Il force une fois de plus notre admiration.
Robert PERES
Président de l’amicale des anciens
De Palikao et de sa région.